La défaite de Trump et le progrès de la gauche nord-américaine

La sortie de scène de Trump représente un sérieux coup à la structure impérialiste des USA, à la politique de guerre dans le monde et à l’influence des grandes multinationales productives et financières. Même si de grands changements ne se produiront pas dans l’immédiat, ces élections ne seront pas sans conséquences sur les structures de pouvoir aux USA, ainsi qu’en Amérique Latine, au Moyen-Orient et en Europe et dans le rapport de forces des Etats-Unis avec la Russie et la Chine.

Une polarisation très importante s’est créée au sein des Etats-Unis sous la présidence de Trump. Celle-ci s’est exprimée dans les élections : Trump a obtenu 73 millions de voix, c’est-à-dire un nombre plus grand qu’en 2016. Mais le Parti Démocrate, en a obtenu 81 millions. C’est une véritable avalanche populaire, avec plus de 70% de gens qui ont participé à ces élections. Une telle mobilisation sociale a été possible grâce à l’opposition de gauche dans le Parti Démocrate sous l’influence du processus mondial.

Le système électoral des Etats-Unis est conçu – comme quasi tous les systèmes électoraux des pays capitalistes – pour empêcher la pleine expression de la classe ouvrière et des masses populaires. Les collèges électoraux sont organisés de manière telle que les zones populaires se retrouvent toujours en minorité par rapport aux autres secteurs sociaux. L’application du système majoritaire permet, en outre, au parti qui a une majorité simple de rafler toutes les voix des électeurs. Enfin, il faut s’inscrire pour voter et le vote se fait pendant la semaine, ce qui fait renoncer beaucoup d’électeurs. Mais cette fois-ci le vote par correspondance a facilité de façon déterminante le nombre de votants.

Le fait même d’aller voter est le résultat d’une volonté importante de participation et de décision. Cette volonté a été stimulée par le grand activisme de l’avant-garde, composée de communistes, socialistes, écologistes, pacifistes, syndicalistes de base, de la gauche dans le Parti Démocrate, qui avait créé un mouvement important pour soutenir Bernie Sanders au point d’arriver presque ex-aequo avec Hilary Clinton aux élections primaires de 2016.

Un autre aspect important réside dans la mobilisation populaire qui s’est étendue à tout le pays, malgré la pandémie. La gauche a été la colonne vertébrale des grandes mobilisations de ces dernières années contre les multinationales, contre la spéculation financière (Occupy Wall Street ), contre le racisme et la répression policière (Black Lives Matters), pour les droits civiques et l’éradication de l’homophobie, ainsi que la campagne nationale «Santé Pour Tous », visant à défendre et compléter la timide Obama Care.

USA occupy-wall-street-protesters-march-in-new-york  Le mouvement « Occupy Wall Street » dans les rues de New York

Echec de la politique négationniste face au Covid 19 et crise de l’impérialisme

La situation mondiale et l’expansion de la pandémie ont bouleversé les plans de l’Administration Trump et des dirigeants US. La politique négationniste face à la pandémie et la décision « de placer l’économie au-dessus de la santé » sont des attentats contre la vie des masses, de même que le mépris de Trump pour les immigrés et pour la population noire

40 millions de personnes aux Etats-Unis bénéficient d’une assistance sanitaire misérable et plusieurs millions n’en bénéficient même pas. Les secteurs les plus pauvres de la population ont été les plus frappés par la maladie.  Dans les villes comme New York ou Chicago, le plus grand nombre de morts se comptait parmi les afro-américains et les latino-américains. Mais Trump n’a pas changé sa politique malgré les 12 millions de personnes contaminées et les plus de 225.000 morts.

L’assassinat de George Floyd par les policiers, à la suite des centaines de victimes des forces répressives fascistes jouissant d’une totale impunité, a provoqué une réaction massive dans tous les Etats-Unis. Des secteurs du mouvement ouvrier et de la petite-bourgeoisie se sont joints à ces grandes mobilisations et ont même eu l’appui de certains corps de police, comme ceux qui mettaient un genou à terre, au lieu de réprimer les manifestants, montrant ainsi leur répudiation de ce crime. Ces mobilisations ont eu des répercussions jusqu’au sein du Pentagone qui a refusé d’envoyer l’armée dans les rues, ainsi que dans les milieux de la justice qui a fini par condamner et emprisonner les policiers coupables de l’assassinat.

Le gouvernement Trump, dans de telles conditions d’augmentation des violences, des mobilisations, du chômage et de la misère, n’a réalisé aucune de ses promesses. Au lieu du plein emploi, ce sont 40 millions d’emplois qui ont été perdus. Le léger maintien en fonctionnement de l’économie s’est réalisé aux dépens de la souffrance des secteurs les plus pauvres. En politique extérieure, le gouvernement Trump a poursuivi la politique américaine antérieure : il a augmenté la pression et les sanctions contre l’Iran, Cuba, le Venezuela. Au Moyen-Orient, même après avoir annoncé un recul suite à sa défaite en Syrie, il n’a pas diminué son appui militaire à Israël et à l’Arabie Saoudite et il a maintenu des troupes en Irak et en Syrie.

L’assassinat de Soleimani, général des Gardiens de la Révolution en Iran et de Abu Mahdi, responsable de la milice irakienne pro-Hezbollah, ainsi que celui de Mohsen Fakhrizadéh, le scientifique responsable du programme nucléaire iranien, ont montré la volonté de la présidence Trump de rompre le front en voie de constitution entre l’Iran, la Syrie, le Liban, l’Irak, le Yémen et l’impossibilité du retrait des forces militaires américaines.

En Europe, l’opération « Defender 2020 » a continué en plein développement de la pandémie, ainsi que le plan de modernisation de l’arsenal militaire des pays de l’OTAN, les nouvelles bases pour « la guerre à distance », le remplacement des bombes nucléaires, les nouveaux avions bombardiers F-35. C’est ainsi que les USA et l’OTAN continuent quasi clandestinement les préparatifs de guerre, dirigés essentiellement contre la Russie. Trump a provoqué la rupture des accords entre USA et Russie (INF) sur les missiles nucléaires de moyenne portée, sans aucune preuve d’une menace représentée par la Russie. Ce n’est pas Trump qui a décidé cette politique mais le Pentagone.

En Amérique Latine, le gouvernement Trump n’a pas réussi à faire reculer le gouvernement de Maduro, malgré l’augmentation des sanctions, les provocations armées permanentes (par l’intermédiaire des militaires colombiens), les tentatives de renversement du pouvoir chaviste, le blocus pétrolier. Les 5 pétroliers iraniens qui sont arrivés aux ports vénézuéliens avec des combustibles et du matériel pour remettre en fonctionnement les raffineries vénézuéliennes représentent un acte très audacieux de la part du gouvernement Maduro et une expression des appuis mondiaux acquis par la révolution bolivarienne. L’accord militaire avec la Russie et la Chine se transmet du Moyen-Orient à l’Amérique Latine.

L’impérialisme a échoué dans tous ses objectifs, aussi bien sous la présidence Trump que celle de son prédécesseur Obama. Il y a une maturation très grande au sein des masses nord-américaines, qui reçoivent toutes ces influences du monde et se sont mobilisées contre la politique fasciste de Trump.

Le nouveau président Biden, qui a des liens très importants avec l’industrie militaire, continuera cette politique. Il n’aura pas lâ tâche facile car il se trouvera face à un peuple qui est descendu dans les rues pendant des mois et qui exigera plus de démocratie, de participation et de justice sociale. C’est pour cela qu’il déclare pour le moment qu’il va revenir vers les Accords de Paris sur le Climat et qu’il propose un plan sanitaire pour affronter la pandémie. Cependant Biden ne touchera pas à tout ce qui concerne les préparatifs de guerre, les dépenses militaires, la défense de la« sécurité nationale » des Etats-Unis partout où il y a des intérêts capitalistes US, donc le monde entier.

Mais l’Administration Biden devra aussi gérer la défaite des Etats-Unis et de leurs alliés et partenaires de l’OTAN dans la guerre de Syrie – au cours de laquelle la Russie a joué un rôle essentiel – et affronter la fonction importante de l’Iran dans la guerre du Yémen et sa participation en Irak, au Liban, en Syrie, ainsi que les nouveaux changements des rapports de force en Amérique Latine, avec la victoire du MAS en Bolivie et la décision d’en finir avec la Constitution pinochetiste au Chili. De plus, la Chine qui est la 2ème puissance économique mondiale est le seul pays qui, après avoir maîtrisé la crise de la pandémie, connaîtra une croissance économique cette année.

Tel est le panorama des rapports de forces au moment de ces élections historiques aux Etats-Unis. Il faut prendre en compte ce processus à l’échelle mondiale pour mesurer l’importance de cette crise du système capitaliste et inclure le peuple des Etats-Unis dans l’organisation d’un Front Unique Mondial dans lequel convergent toutes les forces de progrès : Etats ouvriers, Etats révolutionnaires, gouvernements progressistes, partis de gauche, syndicats, mouvements sociaux, pour élaborer un programme mondial de transformations sociales permettant de mettre fin au système capitaliste.

Les Posadistes – 6 décembre 2020

Photo : mobilisation des femmes à Washington en octobre 2020