Un pays qui avance depuis 16 ans vers le socialisme

Au cours des 16 années de révolution bolivarienne le Venezuela a subi de constantes tentatives de déstabilisation de la part des membres de la droite et de l’extrême droite, qu’ils soient militaires ou civils : coups d’Etat répétés, guerre économique, violences et sabotages organisés, conspirations, assassinats de dirigeants chavistes et de journalistes, attaques contre la population.

La dernière tentative en date a été démantelée le 12 février 2015, jour du défilé de la Victoire (qui commémore la victoire d’un millier d’étudiants de Caracas sur les troupes espagnoles pendant la guerre d’indépendance), au cours de laquelle de jeunes officiers des forces armées devaient bombarder des centres stratégiques de la capitale – le siège de la télévision latino-américaine Telesur, l’Assemblée Nationale, le Palais Présidentiel, le Ministère de la Défense -, alliés à une coalition politique allant de l’extrême droite aux sociaux démocrates, avec à sa tête le maire de la métropole de Caracas Antonio Ledezma. Ce dernier avait déjà organisé les violences de 2014 qui avaient causé la mort de 43 citoyens, au côté de Leopoldo Lopez, chef de file du parti Volonté Populaire arrêté le 20 février 2014, qu’il a maintenant rejoint en prison.

Faire face à des coups d’Etat permanents

Ce nouveau coup d’Etat avait pour but d’instituer un « gouvernement de transition », soutenu par un manifeste qui avait été publié la veille dans le journal d’opposition El Nacional sous le titre « Appel aux Vénézuéliens pour un accord national de transition » se proposant d’anéantir Nicolas Maduro, légalement élu jusqu’en 2019. Pourtant le système électoral du Venezuela – avec un record de 19 scrutins en 15 ans, considérés comme légitimes et transparents par les observateurs de l’Union Européenne et de l’Organisation des Etats Américains – a été reconnu comme le meilleur du monde par Jimmy Carter et mis en 2011 à la première place pour le respect des normes fondamentales de démocratie et d’équité sociale par la Fondation pour l’Avancée de la Démocratie (FDA), ainsi que par de nombreux organismes internationaux établissant que « le Venezuela bat tous les records de confiance citoyenne dans la démocratie pour toute l’Amérique Latine ».

Les objectifs de la droite radicale vénézuélienne, dont les tentatives se sont accentuées depuis la mort de Hugo Chavez il y a deux ans, se revendiquent avec cynisme des principes de démocratie pour essayer de revenir au néolibéralisme et à ses privatisations, reprendre en main les organes de la puissance publique, briser les alliances qui se sont construites entre les différents pays d’Amérique Latine et des Caraïbes. Ils utilisent pour cela tous les moyens possibles pour saboter l’économie du pays : organisation des pénuries d’aliments, de produits sanitaires, de médicaments, organisation de la contrebande et de la spéculation, marchés parallèles et trafics avec la mafia colombienne.

Cette droite vénézuélienne est soutenue par les Etats-Unis qui représentent une menace perpétuelle pour le Venezuela avec ses bases militaires installées notamment au Pérou, au Honduras, en Colombie, et dont les contingents se voient aujourd’hui augmentés par l’arrivée de nouvelles forces de marines américains et de matériel héliporté. Leurs grands médias mènent une campagne constante de désinformation, à l’aide de mensonges, de faux sondages, relayés par la presse et les médias internationaux bien-pensants, comme en France à travers Le Monde, Courrier International, Libération, la télévision nationale France 2 ou France Culture, ou en Espagne à travers El Pais, ABC. Ce sont ces médias qui, au nom de la liberté d’expression, pratiquent une véritable censure et une campagne d’intoxication pour discréditer la révolution bolivarienne en présentant le Venezuela comme une dictature féroce, un régime totalitaire ayant besoin d’une « transition vers la démocratie », un pays où sévirait une grave « crise humanitaire » du fait des pénuries (70% du secteur de l’alimentation est aux mains du privé), et où les personnalités politiques et militaires de la droite arrêtées et incarcérées sont considérées comme des « prisonniers politiques » alors qu’ils répondent devant la justice et les lois en vigueur d’actes illégaux visant à renverser l’ordre constitutionnel légitimement établi au Venezuela.

Des forces de droite impuissantes à briser la mobilisation populaire

Malgré toutes ses tentatives avortées contre le gouvernement vénézuélien, cette droite est de plus en plus impuissante à mobiliser ses propres rangs et doit s’appuyer sur des interventions extérieures pour mener sa guerre contre le peuple. Ses appels aux rassemblements pacifiques ne trompent aujourd’hui qu’une minorité de personnes et ne débouchent que sur de nouvelles violences et de nouvelles émeutes, dont l’objectif est de semer la peur dans la population. Mais celle-ci, au prix de sa propre vie, démontre massivement dans les rues, avec une force paisible, sa volonté et sa détermination à défendre les acquis économiques, politiques, sociaux, culturels de cette révolution bolivarienne.

Le 28 février dernier, une mobilisation populaire immense a envahi les rues de Caracas pour s’opposer à l’ingérence des Etats-Unis. A cette occasion Nicolas Maduro a annoncé plusieurs mesures en réponse aux sanctions imposées par les Etats-Unis, en violation du droit international, à l’encontre de son administration : entrée sur le territoire interdite pour les fonctionnaires complices d’actes terroristes (George W. Bush, Dick Cheney, l’ex directeur de la CIA, entre autres), équilibre des représentations des ambassades qui comptent 17 représentants vénézuéliens à Washington contre 100 fonctionnaires américains à l’ambassade US à Caracas, égalité de traitement des visas qui seront maintenant payants au même prix qu’imposent les Etats-Unis pour les citoyens vénézuéliens entrant en territoire américain, interdiction de réunions de fonctionnaires américains à l’ambassade US sans un accord préalable du gouvernement vénézuélien.

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Réunion de l’Unasur

Le 9 mars les Etats-Unis allaient encore plus loin dans l’escalade de leur guerre contre le Venezuela avec une déclaration de Barack Obama qui décrétait « l’urgence nationale aux Etats-Unis face à la menace inhabituelle et extraordinaire, pour la sécurité nationale et notre politique extérieure, qu’est le Venezuela ». Cette déclaration a immédiatement déclenché des réactions de l’UNASUR (Union des Nations Sud-Américaines comprenant 12 pays : Argentine, Bolivie, Brésil, Colombie, Chili, Equateur, Guyana, Paraguay, Pérou, Surinam, Uruguay, Venezuela), qui a convoqué une réunion d’urgence à Quito le 14 mars pour rejeter de façon unanime ce décret des Etats-Unis comme une « menace d’ingérence et de violation de la souveraineté et du principe de non intervention dans les affaires intérieures d’autres Etats ». Puis ce fut au tour de la CELAC (Communauté d’Etats Latino-Américains et Caribéens composée de 33 pays), des 134 pays membres du G77 + la Chine qui se sont réunis pour affirmer leur rejet de cette attaque des Etats-Unis, qui n’est pas sans rappeler le coup d’Etat de 1973 au Chili contre Salvador Allende.

Un nouveau rapport de forces est en train de s’établir dans le monde. De nombreuses mobilisations se sont organisées sur le continent latino-américain pour défendre la démocratie vénézuélienne, au Brésil, en Argentine, en Bolivie, en Equateur, au Nicaragua, à Cuba et dans le monde, y compris en Europe, et une campagne de pétition appelant à rejeter ce décret des Etats-Unis avait atteint fin mars 5 millions de signatures. Par ailleurs le secrétaire général de l’UNASUR, Ernesto Samper, vient d’opposer une fin de non recevoir face aux mesures unilatérales prises par le gouvernement des Etats-Unis à l’encontre du Venezuela en déclarant : « qu’il n’y ait plus de bases militaires nord-américaines en Amérique du Sud constituerait un bon départ pour le nouvel agenda des relations à établir entre les USA et l’Amérique Latine ».

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Manifestation de soutien en Argentine

Le programme socialiste de la révolution bolivarienne

 L’arrogance de l’impérialisme américain n’a pas de limite dans sa volonté de faire plier les Etats qui n’adhèrent pas à sa conception économique et politique, ainsi qu’aux règles du jeu qu’il cherche à imposer au niveau mondial. Le Venezuela est pour lui un danger qui s’accroit au fur et à mesure de ses avancées vers le socialisme, parce qu’il est source de développement de nouveaux gouvernements réfractaires à la soumission et à l’hégémonie nord-américaine, et qu’il véhicule une autre conception de la société qui met au centre de son action les droits sociaux et la participation citoyenne.

La mort de Hugo Chavez n’a pas arrêté le processus de la révolution bolivarienne, comme la droite mondiale l’avait escompté, bien au contraire. Les statistiques montrent qu’en 20 ans, le pays a énormément évolué : en 1990 30% de la population monopolisaient 61% de la richesse nationale. Alors que la majorité du pays n’avait pas droit à l’éducation, à la santé, à la sécurité, au travail, à la bonne alimentation, aux loisirs, à la culture, la première des tâches entreprise par Hugo Chavez fut de répondre aux besoins vitaux de la population, et en priorité d’éradiquer la pauvreté. Il a utilisé pour cela l’étatisation du pétrole et la rente qu’elle générait pour développer une politique de redistribution au service du peuple, avec un programme qui consacrait 60% du PIB du pays aux investissements sociaux : construction de logements, services publics gratuits, santé et éducation pour tous.

Le Venezuela à fin 2014 est un des rares pays – sinon le seul – à annoncer un chômage en baisse qui atteint 5,5%, un niveau de revenus le plus haut depuis cent ans avec la mise en place d’un salaire minimum indexé sur le coût de la vie dont l’augmentation en janvier a atteint 15%, l’éradication de la faim que la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) a salué en 2013, l’enseignement public gratuit pour tous et à tous les niveaux (primaire, secondaire, universitaire), des acquis en matière de droit du travail pour la sécurité de l’emploi tant dans le secteur public que privé, un vaste plan de construction de 600.000 logements déjà livrés et une prévision de 400.000 logements supplémentaires pour 2015, la mise en place des communes et d’un pouvoir populaire à travers les Conseils Communaux, le respect des droits des femmes, des écologistes, des handicapés, des homosexuels, des collectifs paysans et de toutes les communautés du pays.

La constitution de la République Bolivarienne du Venezuela s’est écrite à partir d’un principe fondamental :  « un Etat luttant pour la défense de l’intérêt général », ce qui s’exprime concrètement dans une inversion de la répartition des richesses avec des dépenses sociales qui s’élèvent à 62,46% aujourd’hui contre 36,82% avant la révolution. C’est ce qui a permis au Venezuela de résorber l’extrême pauvreté qui a régressé de 49 à 19% entre 1998 et 2013, de développer des centres de santé partout dans le pays avec une croissance de 150%, des groupes scolaires dont le nombre s’est accru de 188%. C’est en 2005 que l’Unesco déclarait officiellement le Venezuela comme « territoire libéré de l’analphabétisme ».

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Nouveaux logements sociaux au centre de Caracas

Le droit pour tous à l’éducation, à la culture, au sport, à la communication, à l’information, au logement, à l’alimentation, à vieillir dans la dignité, a permis un développement extraordinaire de tous ceux qui en étaient exclus. C’est pourquoi aujourd’hui des femmes qui se trouvaient doublement opprimées, en tant que femmes et en tant que paysannes, sont capables d’écrire des poèmes magnifiques qui sont autant d’outils de lutte pour mener la critique et l’autocritique d’une société en cours de transformation où le patriarcat et le machisme ne doivent pas se reproduire :                  

« Ils nous voulaient à la maison, en train de repriser, obéissante, accouchant dans la douleur

Attendant la dernière heure et disant : oui père, oui mari, oui dieu…

Nous voici avec les ovaires pleins comme des grenades

Comme des banderoles et des munitions à la place de scapulaires et de chapelets

Ou avec tout à la fois, mais dignes, et déjà nous ne sommes plus muettes, nous marchons…

Ils nous voulaient muettes et à présent nous chantons

Ils nous voulaient sillonnées de larmes et à présent nous sommes des rivières

Ils nous voulaient soumises et à présent nous résistons, nous avançons et nous menons le combat…

Ils nous voulaient comme une brise silencieuse, à présent nous sommes le vent… »                                                                                            

Toutes ces conquêtes sur le plan économique et social sont à défendre face à un impérialisme qui cherche par tous les moyens à en minimiser la portée et à les faire reculer. La construction d’un Venezuela socialiste, où l’humain est au centre et non l’argent, a besoin du soutien de tous les mouvements progressistes du monde. C’est pourquoi nous défendons l’idée que le Venezuela est un véritable espoir pour toute l’humanité.

5 avril 2015