Le 13 juillet dernier Emmanuel Macron s’adressait aux armées, mais aussi aux entreprises, aux collectivités territoriales et à la population française, pour imposer sa vision de la situation internationale et préparer les esprits au fait que notre pays et l’Europe toute entière seraient en danger. Un danger scénarisé mettant au centre la Russie identifiée en tant que menace extrême parce qu’elle se préparerait à envahir l’Europe avant 2030. C’est ce que le Chef d’Etat-Major des Armées, le général Thierry Burkhard, a développé dans une conférence de presse deux jours plus tôt, sans doute pour donner plus de crédibilité au discours du Président de la République.
C’est sur la base de ce raisonnement qu’il faudrait impérativement accélérer le réarmement du pays, la vente d’armes, la militarisation des industries et du secteur économique, et procéder par conséquent à une augmentation des moyens financiers nécessaires pour que « nos armées défendent notre liberté ».
Les conclusions posées sont donc celles de la nécessité d’accroître le budget dédié à la défense, malgré l’énormité de la dette publique qui se monte à la fin du premier trimestre 2025 à 3.345,40 milliards d’euros, au détriment des besoins sociaux et de l’urgence environnementale.

La défense de l’Ukraine et la marche forcée vers la guerre
La défense à tout prix de l’Ukraine, face à la Russie qui serait devenue une menace permanente aux frontières de l’Europe, est au cœur des décisions du gouvernement français. « Jamais depuis 1945 la liberté n’avait été si menacée… liberté des peuples attaquée par les impérialismes et les puissances d’annexion… liberté bafouée quand les règles de la guerre sont effacées… liberté de notre Europe mise en danger au moment où la guerre a été portée sur notre sol avec l’invasion de l’Ukraine… »
La notion de liberté, première des trois valeurs de la République française inscrite dans la Constitution, est utilisée avec emphase pour défendre une vision portée uniquement vers l’affrontement et la guerre. Les notions d’égalité et de fraternité sont quant à elles devenues inexistantes car contraires aux objectifs posés.
La défense des libertés est une manipulation collective. On la retrouve dans l’ensemble des discours des puissances capitalistes en crise qui ont besoin de trouver un bouc-émissaire, de criminaliser leurs adversaires politiques, d’invoquer une soi-disant « guerre de civilisations » qui agirait contre la démocratie – ou ce qu’elles prennent pour telle – dans le but de justifier l’imposition de mesures qui vont conduire à un choc violent avec la population. C’est ainsi que le capitalisme met en place des politiques totalitaires et fascisantes, seul moyen pour lui de parvenir à se maintenir au pouvoir.
La défense est la priorité du Président de la République depuis son élection en 2017. Après des semaines de débats à l’Assemblée nationale et au Sénat, la loi de programmation militaire 2024-2030 vient d’être adoptée définitivement, pour un montant de 413,3 milliards d’euros. Ce montant alloué aux armées a été multiplié par deux depuis 2017, et une accélération de son financement est prévue pour les deux années à venir, soit un effort supplémentaire de 10 milliards d’euros : 3,5 milliards d’euros pour 2026 et 6,5 milliards d’euros pour 2027.
C’est un « effort de toute la nation pour la défense de tous les Français » qui est demandé par Macron, auquel s’ajouterait bientôt le retour du service national militaire, dont on avait déjà un petit aperçu avec les journées SNU (Service national universel), un service civil réservé aux jeunes de 15 à 17 ans « souhaitant vivre une belle expérience collective, se rendre utile aux autres, créer des liens forts et se découvrir un talent pour l’engagement » selon l’argumentaire gouvernemental.
Macron n’est pas le seul à annoncer un plan d’économie de guerre pour accélérer le réarmement. La Commission européenne avec son programme « ReArm Europe » prévoit 800 milliards d’euros pour financer les industries nationales des 27 pays de l’Union européenne. Cet investissement public prioritaire a pour but de compenser les insuffisances de l’ensemble des pays européens en matière de capacités de production d’armements, d’assurer leur indépendance vis-à-vis des Etats-Unis qui reste à l’heure actuelle le premier pays fournisseur d’armes dans le monde.
Il lui faut également avoir les moyens de soutenir militairement l’Ukraine et se préparer à toutes sortes de conflits et de menaces, incluant les nouvelles technologies, le cyberespace et « l’intelligence artificielle ». Cela entraîne une explosion d’achats d’armes et de matériels militaires de plus en plus sophistiqués.
Mais l’Union européenne ne pourra certainement pas suffire à satisfaire les coûts de ce réarmement. Elle est passée d’un montant de dépenses militaires pour l’Ukraine de 204 milliards d’euros en 2022 à 326 milliards d’euros en 2024. En fonction de la conjecture économique actuelle dans laquelle les pays capitalistes accroissent constamment leurs déficits publics, l’UE modifie ses propres règles pour faciliter cet accroissement de dépenses et fait appel à des financements privés. C’est ainsi qu’un fonds pour la défense a été constitué en direction des particuliers, via entre autres choses l’épargne, le financement d’assurances-vie et les placements à long terme, sans que l’avis soit demandé aux titulaires.
L’OTAN est l’instrument de la guerre
Emmanuel Macron a annoncé dans son discours aux armées qu’il voulait « bâtir un vrai pilier européen de l’OTAN » . Les engagements pris lors du dernier sommet qui s’est tenu les 24 et 25 juin à La Haye ont décidé la hausse de la contribution des 32 pays membres de 3,5% à 5% de leur PIB d’ici à 2035. Pour la France cette hausse signifie 8 milliards d’euros supplémentaires à trouver, alors qu’elle martèle dans le même temps la nécessité de faire d’importantes économies.
Le soutien à l’OTAN démontre la volonté des pays européens faisant partie de l’alliance atlantique d’avancer coûte que coûte dans les préparatifs de guerre contre la Russie, mais aussi contre les autres pays de la liste noire établie par l’OTAN : la Chine, l’Iran, la Corée du Nord. L’OTAN serait le centre de la défense collective de l’Europe, ce qui confirme qu’elle n’a aucun objectif d’aller vers la paix. Elle ne peut supporter que l’Ukraine soit vaincue dans le conflit qui l’oppose à la Russie et participe à l’escalade sans fin vers l’affrontement militaire, en affirmant qu’il faut « aider l’Ukraine à protéger l’Europe ».
C’est ainsi qu’en marge du sommet de l’OTAN s’est tenu le Forum des industries de défense avec la présence de représentants d’Allemagne, Belgique, Canada, Danemark, Grèce, Italie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni, Suède et Turquie. Zelensky y était invité et a lancé un appel à une augmentation des financements à l’Ukraine pour pouvoir développer sa propre capacité à produire entre autres choses 8 millions de drones par an. Selon le site de l’OTAN l’objectif du Forum était de chercher ensemble des solutions concrètes pour renforcer les industries de défense afin de produire plus rapidement et à plus grande échelle, de disposer de stocks suffisants de matières premières indispensables à la production dont ils ont besoin pour protéger la population !!!
Cependant l’Union européenne est incapable de mener une politique de défense commune. Chaque pays membre a ses propres intérêts politiques et économiques, doit faire face à la course aux profits, à la concurrence des marchés internationaux, et à la nouvelle guerre commerciale lancée par Donald Trump avec l’imposition de ses droits de douane. Ils n’ont aucune politique cohérente, ce que confirme leur incapacité à prendre des décisions quant à la condamnation d’Israël au Proche-Orient pour le génocide mené contre le peuple palestinien, comme les agressions vis-à-vis du Liban, de l’Iran et de la Syrie.
La guerre en Ukraine représente un accélérateur des contradictions et des divergences politiques en Europe, non seulement au sein des secteurs de droite mais aussi des partis et mouvements se réclamant de la gauche. C’est également un accélérateur de radicalisation d’une partie de plus en plus large de la population qui doit subir constamment les politiques d’austérité et la violence des institutions. La montée des mouvements d’extrême droite et la fascisation de la société sont nécessaires au capitalisme, et particulièrement aux secteurs de la finance pour conserver le pouvoir, tout comme l’utilisation de tous les moyens de répression des mouvements d’opposition, qu’ils soient en défense des migrants, de l’environnement ou des conquis sociaux.
L’OTAN et la préparation de la guerre doivent être au centre de débats dans tous les pays européens. Sa politique d’extension vers l’Est est le cœur de la guerre en Ukraine et le fait que l’Ukraine entre dans l’OTAN signifierait la porte grande ouverte à la 3e guerre mondiale. L’hystérie collective développée par les grands pays capitalistes, faisant de la Russie un pays ivre de conquêtes pour soi-disant reconstituer son empire, nous conduit tout droit à l’affrontement.
Il est urgent de s’opposer aux plans militaristes de la France, de l’UE et de l’OTAN. Il est nécessaire pour cela que l’ensemble des partis de gauche et des syndicats aient une véritable stratégie de rupture avec ce système, mènent une campagne claire pour sortir de l’OTAN, et développent un plan de transformation de la société répondant aux besoins sociaux, sanitaires et environnementaux.
Un budget d’austérité pour 2026
Qui va payer ce nouvel effort consacré au réarmement et au renforcement de l’OTAN ? Ce sont bien sûr toujours les mêmes, les populations les plus démunies, la classe ouvrière, les chômeurs, les services publics. Mais c’est aussi un recul énorme par rapport aux mesures liées aux dérèglements climatiques et à leurs conséquences, à la nécessité d’intervenir d’urgence pour empêcher les drames que nous connaissons depuis plusieurs années avec les incendies et les inondations à répétition.
Le Premier ministre a exposé son nouveau plan d’austérité pour 2026 au lendemain du défilé du 14 juillet. C’est une économie de 44 milliards d’euros qu’il compte mettre en place pour combler la dette de la France, sans toucher aux grandes fortunes ! Il s’agit d’un plan de casse sociale sans précédent avec le gel des dépenses publiques, une diminution de 3000 postes de fonctionnaires (sauf ceux de la défense bien évidemment) et une baisse de dotation aux collectivités territoriales qui va se faire sentir localement à travers de nouvelles coupes budgétaires, la suppression de deux jours fériés sans compensation de salaire, une attaque supplémentaire contre les prestations sociales et les pensions de retraite, une nouvelle réforme de l’assurance-chômage.
La France connaît la pauvreté la plus grande depuis trente ans : près de 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté selon les chiffres de 2023 de l’étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) parue en juillet. La pauvreté touche donc une personne sur six et en une année ce chiffre s’est accru de 650,000 personnes. Les inégalités sont en hausse constante avec des écarts de plus en plus importants entre les classes les plus riches et les plus modestes. Les travailleurs pauvres représentent 8,3% des actifs et des salariés de plus en plus nombreux doivent passer par des associations de solidarité pour pouvoir se nourrir.
Le taux du chômage est de 7,4%. Au lieu de diminuer il est reparti à la hausse en 2025, alors que tout est fait pour camoufler les chiffres réels du fait des nouvelles règles appliquées transformant les conditions d’indemnisation, mais aussi parce que les plans de licenciements et les fermetures d’entreprises se sont accentués dans les derniers mois : 400 plans sociaux en un an.
Le gouvernement français a largement contribué à cette dégradation de l’économie du pays et au démantèlement de la société. Une commission d’enquête sénatoriale a cherché à faire toute la lumière sur les aides publiques aux grandes entreprises faites en 2023. Son rapport paru le 8 juillet dernier après six mois de travail, 70 auditions de ministères, services de l’Etat, institutions publiques, syndicats, économistes, déplore la complexité d’un système comprenant plus de 2200 dispositifs différents, ne permettant pas d’avoir une vision claire et précise des montants versés, sans transparence, sans suivi et sans évaluation. Le montant des aides publiques s’élèveraient au moins à 211 milliards d’euros, « un pognon de dingue » versé aux plus grandes entreprises qui n’a pas empêché les délocalisations, les plans de licenciements, et qui ont enrichi les poches des actionnaires : un scandale puisque c’est l’argent public qui soutient le système capitaliste !
Ce montant d’argent public permettrait aujourd’hui de financer la santé, l’éducation, les retraites, l’ensemble des services publics qui sont en grand péril. Les hôpitaux publics et les services d’urgence se dégradent chaque jour et les personnels sont au bord de l’épuisement face à des fermetures de lits, des conditions de travail insupportables du fait du manque de moyens financiers et de salaires corrects, mais aussi des modalités de fonctionnement basées sur le rendement et la sécurité et non sur la qualité des soins.
Début août les personnels de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu protestaient contre un projet immobilier qui cherche à transformer 20.santé000 mètres carrés d’espace vendu au privé pour en faire un centre commercial avec restaurants et commerces, ainsi qu’un musée dédié à Notre-Dame-de-Paris, divisant ainsi l’espace de soins de 50%. Un démantèlement organisé du service public de santé qui continue partout en France !
En plein été la Loi Duplomb qui vise à « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur » a été votée le 8 juillet par 316 voix contre 223, ce qui a provoqué la colère des citoyens partout dans le pays. Sous la pression de certains agriculteurs liés à la FNSEA particulièrement, cette loi réintroduit en France un insecticide interdit, l’acétamipride (de la famille des néonicotinoïdes tueurs d’abeilles), elle permet entre autres choses la construction des mégabassines et double la capacité des fermes d’élevage intensif, tout en affaiblissant le contrôle environnemental. La pétition mise sur en ligne sur le site de l’Assemblée nationale a recueilli plus de 2 millions de signatures en peu de jours : un événement politique qui a dépassé les seuls militants écologistes. La communauté médicale et scientifique s’est mobilisée, tout comme les malades atteints de cancer, pour démontrer la dangerosité de ce pesticide sur la santé humaine et son impact sur la biodiversité.
Depuis de nombreuses années 1200 études ont été publiées dans le monde sur les risques des pesticides qui démontrent une convergence de conclusions : ils sont au cœur de la recrudescence des cancers. En France les médecins parlent de 400,000 nouveaux cas de cancers par an, incluant de plus en plus d’enfants, et font la démonstration que ces cas-là ne sont pas dus au vieillissement et à la génétique. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) a émis quant à elle trois avis sur le sujet des néonicotinoïdes depuis 2017 démontrant leur nocivité sur la santé humaine.
Le Conseil constitutionnel, saisi par les députés de gauche, a statué le 7 août. En s’appuyant sur l’article premier de la Charte de l’environnement qui stipule que « chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé », il a censuré la partie de la loi qui réintroduit ce pesticide pour non conformité avec la Constitution et a émis des réserves quant à l’implantation des mégabassines. C’est une victoire importante bien que partielle pour l’environnement et la santé humaine, et Macron s’est dépêché de faire promulguer la loi modifiée dès le 12 août.
Des mobilisations qui se préparent
La colère est un moteur important et la mobilisation est en train de s’organiser face au plan d’austérité de François Bayrou. Un mouvement rejetant toute étiquette politique, intitulé « Bloquons tout ! », s’est constitué et appelle à se mobiliser le 10 septembre, avec l’objectif de faire de cette journée le point de départ d’un arrêt total et illimité. Ce mouvement qui ressemble beaucoup à celui des Gilets jaunes de 2018 a été relayé sur les mouvements sociaux et suscite des discussions au sein des partis de gauche et des syndicats.
L’intersyndicale se réunira le 1er septembre pour discuter des suites à donner mais d’ores et déjà certaines fédérations et unions départementales de la CGT, celles de la chimie et du commerce, ont décidé de se joindre à ce mouvement du 10 septembre. La fédération mines-énergie appelle à la grève à partir du 2 septembre. Force Ouvrière a de son côté déposé un préavis de grève à partir du 1er septembre jusqu’au 30 novembre.
Des personnalités, des membres d’organisations politiques et de nombreuses associations appellent également à rejoindre le mouvement du 10 septembre, à l’amplifier et à le prolonger, dans une tribune parue le 11 août.
Le mouvement social est déterminant dans la situation d’aujourd’hui, non seulement pour affirmer le rejet des mesures d’austérité proposées par le Premier ministre, pour défendre l’environnement, la santé et les services publics, mais aussi pour refuser le budget militaire et la course aux armements, exiger d’autres mesures visant à satisfaire les besoins de la population.
Quels que soient les instigateurs de cet appel à tout bloquer le 10 septembre, il semble important de s’organiser pour participer à cette mobilisation. Elle ne pourra être que bénéfique à l’unité de l’ensemble des partis de gauche, alors que les divisions existent toujours quant à l’attitude à adopter vis-à-vis des élections municipales de mars 2026.
Les Posadistes – 15 août 2025
Photo de Une : la manifestation du 21 juin 2025 contre le Salon de l’armement du Bourget en Seine-Saint-Denis. C’est la mobilisation citoyenne qui a contribué à occulter les stands d’armement d’Israël sur le salon.